mai 2018

L’ÉDITO.

Vous êtes-vous bien rafraichis avec Songkran ? La fête de l’eau est finie mais la chaleur continue… encore quelque temps puis la canicule deviendra plus supportable à partir de fin mai – début juin. Avez-vous remarqué quelque chose de particulier cette année ? Peut-être pas, car en effet à Songkran on peut y voir habituellement des filles en costume thaï traditionnel pour les concours (de beauté) de « Nang Nopphamat » par exemple. Sauf si vous êtes vraiment baignés dans un milieu très thaï où là, en supplément d’avoir remarqué qu’il y a eu plus de monde qui s’habille en costume traditionnel pendant ce Songkran, vous avez dû entendre parfois les thaïlandais vous appeler « oe djâo » à la place de « you » ou « khun », si tel est le cas, vous devez probablement savoir d’où vient ce langage d’un autre temps. Qui aurait cru qu’un feuilleton télévisé ferait autant de vagues dans le royaume ? Il faut dire que celui-ci change radicalement de style dans l’histoire des nanars thaïlandais (au même titre que tous les navets de toutes nationalités confondues d’ailleurs, sans faire du racisme) dans lesquels nous pouvons ridiculement distinguer les bons et les méchants, sans trop de réflexions existentielles dans le scénario et sans informations utiles qui inciteraient aux interrogations vitales ou qui transcenderaient l’audience en quel domaine que ce soit… Mais cette série de nouveau genre a tenu le public en haleine du début de sa diffusion le 21 février jusqu’à la fin le 11 avril (la veille de Songkran), avec ses 15 épisodes à raison de deux jours par semaine (mercredi et jeudi) de 20h30 à 23h00 largement entrecoupées par les spots publicitaires. La fameuse série s’appelle บุพเพสันนิวาส Bup-pe-san-ni-waad [pour vos recherches internet tapez BuppeSanNivas] ; la traduction dans l’article de Reuters que nous avons traduit de l’anglais est « Love Destiny », mais il manquerait la notion d’âme sœur et du temps dans cette transcription. Pour être plus exacte Bup-pe-san-ni-waad voudrait dire « âme sœurs qui se retrouvent à toutes les vies ». Par ailleurs le mot « Destiny » pourrait se traduire en thaï par พรหมลิขิต Prom-li-khit, le titre de la deuxième série qui fera suite. Evidemment quand il y a du succès, on en remet, cela finira sans doute et au moins en trilogie. Ce n’est pas vraiment l’excellence du scénario qui a fait fureur, car il s’agit d’une histoire où l’actrice principale, par un accident de voiture, remonte le temps pour se réincarner dans le corps d’une autre fille au temps du roi Narai le Grand de 1656 à 1688, pour retrouver son âme sœur d’antan. Mais c’est plutôt le parfait mélange dans la réalisation et la mise en scène entre le clash du langage (thaï ancien VS thaï ultra-moderne), de croyance, du savoir et des mœurs, créant des comiques de situations, quiproquos et jeux de mots amusants qui ont captivé l’audience de tout âge. Additionné aux images splendides des gestualités, des habits colorés et sophistiqués dans les paysages et décors d’Ayutthaya qui est le centre de commerce de l’Asie à l’époque, attirant les commerçants de différentes nationalités qui, en s’enrichissant s’y installent pour de bon jusqu’à en créer des petits quartiers. Parmi eux, un certain Constantine Phaulkon, un brillant aventurier grec, parlant plusieurs langues dont le français, qui devient le premier conseiller du roi Narai du Siam (Royaume d’Ayutthaya). Phaulkon est un personnage très controversé dans l’histoire de la Thaïlande, et pour cause, il était soupçonné d’avoir collaboré avec les Français sous le règne du Roi-Soleil, Louis XIV qui aurait aimé avoir la mainmise sur le royaume. Les lieux des parties historiques citées peuvent être encore retrouvés dans les sites touristiques actuels. Comment et de quelle manière ce feuilleton inattendu a suscité l’intérêt des Thaïlandais, l’article vous le racontera. Un tel phénomène de société mérite que l’on en parle.

Du moins, un feuilleton à la… noix peut vous rappeler le lien ancestral entre la Thaïlande et la France !

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